Ici, c’est toujours le même décor… pas de guirlande, pas de sapin de Noël», dit Titelma Chérival qui vit toujours, près de trois ans après le séisme qui a ravagé Haïti, dans un camp du quartier du Canapé-Vert, dans la banlieue de Port-au-Prince. Les véhicules officiels continuent de passer, sirène hurlante, sur la route qui longe les campements de fortune, apparemment indifférents à la situation dans ce quartier où les taudis des sinistrés font face à des hôtels de luxe. Dans le camp Accra 2, vivent ainsi 400 familles, soit près de 2000 personnes sans électricité, ni eau courante.

«Les enfants n’auront pas de cadeaux», poursuit Titelma Chérival, 54 ans, qui partage avec ses trois enfants une tente recouverte d’une bâche délavée et éventrée. «Pas de nourriture non plus. Nous n’avons aucun service», s’empresse d’ajouter Jocelyne, marchande de pacotilles. «Regardez mes trois enfants, ils ne connaissent pas ce que c’est que Noël». Près de trois ans après le violent séisme, qui a fait plus de 200 000 morts et plus d’un million de sans-abri en Haïti, en janvier 2010, un peu plus de 360 000 personnes vivent encore sous des tentes, selon les dernières statistiques de l’Organisation internationale pour la migration (OIM).

«Personne ne travaille ici. Il y a une misère noire. Les gens sont au plus bas niveau de la vie. Nous sommes morts, nous attendons d’être enterrés», lâche Fritzner Dossous, 32 ans, qui organise la supervision du camp parfois attaqué la nuit par des inconnus. «Nous sommes sur un terrain privé. Le propriétaire veut nous chasser pour récupérer l’espace», dénonce-t-il.

Des lampadaires solaires placés dans le camp ont été emportés ainsi que les maigres biens de certains résidents qui se disent livrés à eux-mêmes malgré le passage chaque jour de convois de véhicules officiels. Sur la route du président «Nous sommes sur la route du président. Il passe là tous les jours, mais ne se détourne pas», indique un homme se souvenant que, lors de la campagne électorale, le candidat Michel Martelly était pourtant venu leur parler. «Depuis, on ne l’a pas revu», regrette-t-il. «Nous déplorons cette attitude, mais nous l’aimons quand même», ajoute-t-il, fier d’exhiber un bracelet rose estampillé Martelly président.

Dans le camp, de nombreux enfants en bas âge, chétifs et à moitié nus, les pieds dans la boue, circulent entre les tentes exposées au soleil. Ils jouent avec des bouteilles vides et d’autres objets hétéroclites. «Ces enfants ne vont pas à l’école. Certains sont nés ici et ne connaissent pas d’autres endroits. Ils ne connaîtront pas une situation différente le jour de Noël», déplore Neila Honarat, 20 ans. Cette lycéenne plaint les nombreuses adolescentes devenues mères alors qu’elles devraient être à l’école. «Il y a une situation dramatique dans ce camp. Beaucoup de jeunes tombent enceintes de pères inconnus. Parfois pour trouver à manger, elles vont coucher avec des gens», témoigne-t-elle.

C’est le cas de Christella, 15 ans, enceinte de huit mois qui attend son bébé pour janvier 2013. Peut-être autour du 12 janvier, au troisième anniversaire du séisme. «Je ne sais pas comment vont se passer les couches. C’est ma mère qui s’occupe de moi, car mon petit ami est parti, il m’a abandonnée», explique-t-elle.

Christella n’a rien préparé pour la naissance de son enfant. «Je ne sais pas ce que je ferai, je n’ai pas de vêtements pour lui, pas de produits, rien», dit-elle un peu gênée. «Le meilleur Noël serait qu’on puisse sortir d’ici et mener une vie décente dans une maison normale… mais je vois peu d’espoir. Alors on attend Dieu ou la mort», conclut Titelma.

Clarens RENOIS
Agence France-Presse

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