En Haïti, comme partout ailleurs, les us et coutumes diffèrent selon que l’on habite en ville ou à la campagne. Pourtant, durant cette période de Noël, on constate la même ferveur, la même joie et le même esprit de solidarité dans tout le pays. Noël est une fête essentielle pour les Haïtiens. Ce qui peut paraître paradoxal compte tenu des faibles moyens financiers dont ils disposent et de l’exploitation commerciale accrue suscitée par cette période festive. Certaines personnes vont parfois jusqu’à s’endetter pour faire face aux exigences de cette période de faste.
L’explication réside dans le fait que 80% des Haïtiens sont chrétiens et que pour eux, le symbole fort de la religion est la naissance de Jésus. Ce message religieux trouve une profonde résonance dans leur vie de misère : un Sauveur est né ; et l’on espère que tout ira mieux demain. Alors, aucun sacrifice n’est trop grand pour commémorer un tel événement.
Une autre idée très vivace est l’antagonisme entre le bien (Père Noël) et le mal (Père Fouettard). En Haïti, le Père Fouettard ne cohabite pas avec Saint Nicolas. Un enfant reçoit la visite, selon le jugement des ses parents, de l’un ou de l’autre mais jamais des deux. Et… il arrive parfois que le Père Fouettard, en personne, inflige une belle leçon aux enfants turbulents en les menaçant de sanctions, avec l’accord de la famille bien entendu. Les chants de Noël sont diffusés sur les ondes de la radio à longueur de journée et ce, dès le 3 novembre, c’est-à-dire juste après la fête de la Toussaint.
Les préparatifs démarrent longtemps à l’avance : nettoyage de fond en comble de la maison, intérieur et extérieur. Achat de nouveaux vêtements pour la messe de minuit, de cadeaux que devra distribuer le Père Noël (communément appelé « Tonton Noël »). On confectionne des cartes de vœux pour les parents et amis. Dans les écoles, les répétitions de chants et de.
Il est de coutume d’apprendre des poésies et des chants de Noël aux enfants pour un spectacle en famille le 25 décembre. Les jeunes garçons fabriquent des fanaux, sortes de lanternes qu’ils accrochent aux portes des maisons ou qu’ils promènent le soir. Qu’elles sont féeriques ces lanternes faites de carton et de fin papier de toutes les couleurs ! Elles peuvent représenter une nacelle, une grande étoile brillante, l’architecture d’une cathédrale ou d’une basilique avec ses vitraux multicolores. Dans certains quartiers, de véritables compétitions sont organisées pour déterminer le plus beau fanal. De la rue voisine partent, de temps en temps, de grands cris de « VIVE NOEL » n’éveillant aucune curiosité ou ne suscitant nulle surprise tant cette exclamation est partagée par toute la population.
Le sapin de Noël est recouvert de neige et de givre. C’est un grand fantasme dans les Antilles !!!. Ce sapin consiste en une branche d’arbre contenant beaucoup de rameaux et dépouillée de ses feuilles. Elle est ensuite entièrement enroulée dans de l’ouate et aspergée par une substance blanche d’aspect neigeux. Puis on y dispose, tout autour les guirlandes multicolores. Sans oublier la crèche-étable posée sous l’arbre de Noël.
Et finalement, le jour tant attendu arrive. Le point culminant de la fête de Noël est le soir du 24 où toutes les familles se retrouvent à la messe de minuit. A l’église, décorée avec soin, tout le monde est en grande tenue et affiche une mine réjouie. Le curé, dans son homélie raconte, avec ferveur, l’histoire de la naissance du Divin enfant. Tout est plus beau que d’habitude : l’autel, les cierges, les fleurs, les enfants de chœur qui marchent en se balançant au rythme des chants sacrés. D’un côté du chœur, devant l’autel, sont assises les filles des congrégations des Sœurs Salésiennes, et, juste en face, sont placés les garçons des Frères de l’Instruction Chrétienne. Et, commence une compétition fraternelle et amicale pour déterminer la chorale la plus harmonieuse. C’est à qui chante le mieux. Et lorsqu’au coup de minuit, l’assemblée entière se met debout et entonne le « Minuit chrétien », la voûte de l’église semble frémir.
Toutefois, chacun attend impatiemment le moment de se retrouver à la maison pour savourer le pâté créole farci de viande bien épicée. Traditionnellement ces victuailles, préparées à l’avance, sont dégustées chaudes à quatre heures du matin, au retour de la messe.
La journée du 25 est le grand jour des étrennes pour les enfants qui s’en vont de maison en maison, de porte en porte, recevoir leurs cadeaux. Ceux-ci consistent en quelques sous ou en quelques friandises.
Noël, en Haïti, est l’un des événements de l’année qui réunissent tout le peuple. Certains témoignent une profonde ferveur religieuse, d’autres en profitent pour s’amuser sans compter, tandis que beaucoup ne cherchent qu’à se défouler pour oublier, un instant, la misère endurée tout au long de l’année.

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comments
  • Sylvio Maurissaint

    novembre 21, 2017 at 4:21

    Super interessant, Bravo à L’équipe de RADIF FOUNDATION!
    HAITI a grandement besoin de Vous, que votre parfait travail continue car la récompense!
    Beaucoup de monde devrait vous aider en finançant vos activités. Vous êtes inoubliable Messieurs/Dames et vous méritez un gros bravo et d’autres Aussi précieuses.

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